Le Nationalisme Wallon

L'étude ci-dessous a été effectuée par des étudiants canadiens durant l'année 2015.

Le Parti Républicain Wallon y a contribué.

Nous vous invitons à prendre connaissance de cette étude sur le nationalisme wallon.

Bonne lecture

 

" Le Nationalisme Wallon"

Résumé


Cet article s’intéresse à la problématique du nationalisme wallon, un concept relativement méconnu et inexploré. Pour cette raison, les auteures se sont penchées sur les caractéristiques de la nation wallonne par rapport à son histoire commune, sa culture partagée et ses projets d’avenir dans le but de répondre à la question : quel est l’état du nationalisme wallon?
La recherche se centre sur les définitions de nationalisme, car pour connaître l’état de celui-ci, ou la force de l’unité nationale en d’autres mots, il faut en comprendre toutes les nuances et les déterminants. Le nationalisme s’inscrit principalement dans les domaines de la politique et de la sociologie, mais il est présent dans toutes les sciences humaines, car il influence les membres d’une nation individuellement dans leurs attitudes, croyances et comportements et il influence les relations entre les nations, que ces différentes nations soient au sein d’un même État ou non.
Les entrevues semi-dirigées, qui se sont déroulées en Belgique auprès de Wallons impliqués dans des mouvements autonomistes et indépendantistes wallons, ont apporté des réponses attendues, mais éclairantes et instructives. Nous avons rencontré des membres du Parti républicain wallon (PRW) et le fondateur de la revue autonomiste wallonne Toudi. Selon ces entretiens, il est clair que la nation wallonne est très présente dans le cœur de plusieurs Wallons. Par contre, le portrait général de la situation permet de conclure que le nationalisme wallon est faible.
L’état du nationalisme est faible, car l’histoire de Wallonie ne rassemble plus les Wallons. En effet, les particularités des Wallons en opposition aux Flamands ne sont plus aussi importantes, voire même inversées, comme par rapport à la religion ou par rapport à la Question royale. De plus, la culture wallonne disparait au profit de la culture belge francophone en provenance de Bruxelles et de la culture mondiale américanisée ou européenne. Les particularités des nations et des régions sont mises en danger par la mondialisation néolibérale et la standardisation de la communication selon nos entrevues. Aussi, la nation d’appartenance des Wallons est difficile à cerner, car plusieurs projets d’avenir s’affrontent et s’opposent. Principalement, les Wallons appartiendraient à la nation belge, selon notre enquête, et non à la nation wallonne.
Bien que l’objet d’étude soit la Wallonie, cette recherche peut apporter des pistes de réflexion et des réponses à des questionnements beaucoup plus larges. En effet, le nationalisme est un phénomène mondial et chaque nation peut, et doit, s’intéresser à son identité. Il est possible de faire des parallèles avec la situation du Québec et de mieux la comprendre en conséquence.


Problématique


D’abord, nous avons choisi pour sujet le nationalisme wallon parce que le destin de la Belgique repose énormément sur la question nationale des diverses nations qui la composent, mais l’importance du nationalisme wallon est souvent sous-estimée. Ce phénomène est donc, aujourd’hui, au centre de la situation politique belge. Malheureusement, celui-ci a tendance à être laissé de côté dans les discussions, les recherches et les réflexions sur la question nationale de la Belgique. Est-ce parce que l’unité de la nation wallonne est faible? Cette recherche se veut une étude de ce nationalisme ainsi que de ses déterminants. Nous avons donc commencé notre recherche en tentant de répondre à la question suivante : quel est l’état du nationalisme wallon.
Évidemment, notre recherche est basée sur la discipline de la politique, mais aussi sur celle de la sociologie. En effet, les rapports sociaux entre les groupes sont étroitement liés avec les rapports de force qui affectent grandement la vie politique de la Belgique en plongeant le gouvernement fédéral dans l’instabilité par exemple . En approfondissant les connaissances sur le nationalisme wallon, il sera possible de comprendre en quoi ce phénomène affecte la Belgique, entre autres, politiquement et socialement. Le nationalisme est encore un sujet d’actualité, car les rapports de force évoluent constamment et il faut toujours les redéfinir.
De plus, le nationalisme est indissociable de l’identité d’un peuple, car il est basé sur celle-ci, mais il fait également partie de celle-ci. Pour une nation, il est important de se connaître, car sans identité collective, il est impossible de se regrouper et d’avoir des projets d’avenir réalisables. L’identité est un besoin humain et permet à l’individu de se définir au sein d’une communauté plus large et plus importante que lui et permet ainsi à la société d’exister efficacement .


La nation


La première notion de base, la clef du nationalisme, est la nation. Nous avons relevé et synthétisé des définitions sociologiques, politiques, anthropologiques et historiques qui sont davantage en lien avec notre objet d’étude. Cette synthèse nous a permis d’obtenir une définition claire et fiable.
Tout d’abord, d’un point de vue politique, la nation désigne une construction imaginaire qui donne une légitimité au pouvoir de l’État sur une population et qui regroupe des individus qui partagent une histoire, des institutions, une culture ainsi que des projets politiques communs pour l’avenir . Ensuite, en anthropologie, on définit la nation comme étant un « groupe d’individus qui se reconnaissent comme “un peuple” sur la base d’une ascendance, d’une histoire, d’une société, d’institutions, d’une idéologie, d’une langue, d’une religion (souvent) et d’un territoire commun. » De plus, la nation représente l’entité imaginaire à travers laquelle une communauté se définit puisque, historiquement, elle partage une culture, une ethnie, une langue, etc. Puis, en sociologie, on présente la nation comme le mode de groupement principal d’un peuple, d’une société. Ce regroupement humain ambigu, cette communauté imaginée, tire ses référents dans une origine ethnique, culturelle et historique, ou encore dans un projet politique commun pour l’avenir, la combinaison des deux étant également possible. La nation est donc une construction identitaire qui n’existe pas en elle-même, c’est-à-dire, si les individus qui la composent ne la reconnaissent pas comme telle .
En regard de toutes ces définitions données à la nation par des experts, nous avons défini celle-ci comme étant une communauté imaginée sur la base d’une histoire, d’une culture et de projets d’avenir communs qui permet à un peuple de se regrouper.


Nation ou État?


Il importe d’amener une distinction importante entre le concept de nation et celui d’État. Pour ce faire, il est essentiel de définir l’État. En sociologie, l’État est un système politique complexe et centralisé qui administre de manière jugée légitime un territoire et un peuple grâce à la mise en place d’un ensemble d’institutions politiques, juridiques et administratifs . Ainsi, un État est généralement beaucoup plus vaste qu’une nation. En effet, il y aurait 190 États aujourd’hui, alors qu’il existe environ 5000 nations . Il est donc extrêmement fréquent de retrouver plusieurs, voire des centaines de nations, au sein d’un État. Cela complique l’administration de l’État puisqu’il arrive souvent que les intérêts des différentes nations ne coïncident pas, ou même, qu’ils s’opposent . Effectivement, alors que la nation est censée donner sa légitimité au pouvoir de l’État , le fait qu’aujourd’hui, un même État rassemble plusieurs nations peut engendrer de nombreux conflits, autant politiques que sociaux .


Le nationalisme et le sentiment national


Le nationalisme est une idéologie qui prône l’unité de la nation. Cette unité est justifiée sur la base de critères objectifs autant que subjectifs tels que l’histoire commune, la culture, la langue, la religion, l’ethnie, le sentiment national, les héros nationaux et la planification d’un avenir commun . En d’autres mots, le nationalisme correspond au sentiment d’appartenance à une nation . On parle de sentiment, car il s’agit d’abord d’une réponse émotionnelle et non rationnelle. En effet, la nation n’existe que si « un nombre significatif de membres d’une communauté considèrent qu’ils forment une nation ou se conduisent comme s’ils en formaient une » . Le sentiment national, quant à lui correspond à :
(...) un désir d’identification et d’appartenance (...) un ensemble vécu comme une communauté imaginaire, construite historiquement et pourvue de mémoire, qui tente de résoudre le problème de l’altérité et qui, malgré son caractère toujours fragmenté, est pourvu de cohésion ou lutte contre son délitement.
Il est important de savoir que le sentiment national est souvent représenté et renforcé par différents symboles auxquels les membres d’un peuple associent leur appartenance à une nation. La nourriture, le drapeau, les héros nationaux, les sports, les arts, etc. sont tous de très bons exemples de ces symboles.
Il existe deux types de nationalisme, les nationalismes ouvert ou fermé. Le premier est créé par l’État pour « intégrer ses membres d’origines différentes. » On invite les membres du pays à se regrouper sous les idéaux du pays, à s’identifier à ses héros, ses mythes et ses symboles fondateurs. Le sentiment rassembleur est sur la base d’une « réalité politique » ou d’un « projet national ». « En cela, le nationalisme est une idéologie. » Le deuxième est basé sur les caractéristiques culturelles d’une population. Ce sont elles qui regroupent les membres d’une nation et ceux-ci tendent à idéaliser leur passé et à le représenter comme un âge d’or. Les deux types sont compatibles et complémentaires, et semblables dans leurs raisons d’être.
L’urbanisation et l’éducation de masse mobilisent la société, car elles transmettent le système d’idée créant ainsi un sentiment d’appartenance à la collectivité. Ainsi, le nationalisme est un phénomène urbain , car il constitue le remplacement du sentiment d’appartenance à son village ou à sa famille, car dans le mode de vie urbain, les communautés sont moins homogènes, mais elles demeurent unies sur certains points.
Finalement, il est important de mentionner que le nationalisme se développe souvent en opposition avec un autre nationalisme. Cela est dû au fait que ce sentiment d’appartenance à une nation permet l’affirmation et la défense des intérêts de cette nation. Cette défense se fait souvent en opposition avec une autre nation qui tente d’affirmer des intérêts différents, voire opposés .


La question nationale wallonne


Pour comprendre les caractéristiques de la situation actuelle, il est nécessaire de revenir à leurs origines historiques. Le passé de la Belgique est particulier et a contribué à l’émergence des différents nationalismes des nations wallonne et flamande.
La Belgique était anciennement une partie du royaume de la Hollande sur laquelle la France avait une emprise importante. Elle a obtenu son indépendance et s’est dotée d’une constitution en 1830. Les principes fondamentaux de la constitution, comme la séparation des pouvoirs et le système de monarchie constitutionnelle, sont encore présents aujourd’hui et « la première constitution belge est très centralisatrice, c’est-à-dire qu’elle dote l’État central d’un pouvoir fort, afin de combattre le particularisme et de renforcer l’unité du pays. » On y assure plusieurs libertés et droits fondamentaux comme la liberté d’enseignement par exemple.
Dans les jeunes temps de la Belgique indépendante, les Wallons avaient le dessus parce qu’ils étaient très riches. En effet, c’était eux qui possédaient les ressources telles que les mines. C’est pourquoi la langue officielle de la Belgique a d’abord été le français. L’éducation n’était donnée qu’en français, et ce, même en Flandre. Or, comme expliqué plus tôt, un contrôle de l’éducation amène un grand pouvoir sur la population puisque cela permet de déterminer quels idéaux, quels symboles seront inculqués. De plus, cela permet d’encadrer le sentiment d’appartenance de la population.
C’est dans un contexte d’inégalités que le mouvement flamand s’est développé. Celui-ci a été très intense dès le départ afin de contrer l’oppression de la minorité wallonne. En effet, les Flamands représentaient la grande majorité de la population et désiraient que leur culture soit reconnue au sein de la Belgique. Grâce à ce mouvement, ils ont réussi, en 1875, à faire reconnaître la dualité « raciale » et linguistique de la Belgique. Étant majoritaires, ils revendiquaient également une plus grande place dans l’économie et la politique de la Belgique.
C’est face à cette menace grandissante que le mouvement wallon s’est développé dans le but de protéger ses intérêts économiques et linguistiques ainsi que de garder le contrôle politique. Jan Erk explique le nationalisme wallon ainsi :
L’identité wallonne a émergé en grande partie en réaction au mouvement flamand et la structure de classes sociales en est un élément clef. Les mouvements ouvriers et les grèves de la fin du XIXe siècle combinés à la méfiance envers l’élite servile des catholiques flamands et de la haute bourgeoisie sont à l’origine de cette identité wallonne. [...] Dès sa création, le mouvement wallon s’est présenté comme socialiste et anticlérical. Depuis, le Parti socialiste demeure le parti le plus puissant de la Wallonie. Les demandes du mouvement wallon n’ont jamais porté sur la culture, contrairement au mouvement flamand. Le mouvement wallon, toutefois, a toujours été plus faible que sa contrepartie flamande.
Donc, le mouvement wallon est situé dans une idéologie de gauche et il est contre l’implication de la religion. En Belgique, la religion prend en effet de moins en moins de place et l’athéisme devient plus populaire. Dans le pays, 75 % de la population est considérée comme catholique, mais seulement 15 % sont pratiquants et 18 % se proclament athées .
Encore aujourd’hui, les deux mouvements ne s’accordent pas et chacun défend ses propres intérêts au détriment de l’autre, ce qui engendre une immense instabilité politique au sein de la Belgique. En effet, il n’existe aucun parti politique qui réunisse les deux peuples. Par exemple, il existe un Parti libéral wallon et un Parti libéral flamand. Il en va de même pour tous les autres partis.
Les Flamands, qui représentent 70 % de la population et pour qui la situation économique s’est grandement améliorée par rapport à ce qu’elle a toujours été historiquement, souhaitent se séparer de la Belgique qui les empêche de s’autodéterminer complètement.
D’autre part, les Wallons, qui vivent une période difficile depuis le dernier siècle parce que la situation économique s’est extrêmement détériorée, souhaitent obtenir une certaine indépendance politique tout en demeurant au sein de la fédération belge. En d’autres mots, ils souhaitent que le pouvoir de l’État belge soit décentralisé. Cela leur permettrait de prendre l’ensemble des décisions qui concernent leur nation sans perdre les avantages économiques que leur profère le fait de faire partie de la Belgique.
L’appauvrissement des Wallons est dû au fait que leurs richesses provenaient de ressources qui ne sont plus exploitées aujourd’hui, telles que les mines de charbon. Les Wallons tentent de refaire rouler l’économie, mais après trente ans d’insuccès économique, la Wallonie a un taux de chômage de 11.1 % en 2013 tandis que celui de la Flandre se situe autour de 4.6 % pour la même année. Le PIB par habitant se situe à 81 % de celui de la moyenne européenne selon les données de 2011. La situation économique de la région les rend dépendant de l’État fédéral et, par conséquent, des Flamands plus riches.
En bref, aujourd’hui, les Wallons forment une nation en elle-même et ont un sentiment d’appartenance face à cette nation. Leur nationalisme perdure, encore aujourd’hui, dans l’opposition avec le nationalisme flamand. Les Wallons partagent une histoire (que nous venons d’aborder brièvement), une culture (que nous définissons davantage ci-dessous), une langue (le français) et s’entendent sur des projets communs pour l’avenir de leur nation (dans le but de redevenir prospères économiquement ainsi que de protéger tous les éléments qui caractérisent cette nation wallonne). De plus, ils doivent défendre ces aspects qui les définissent puisque les Flamands, plus riches et plus nombreux, défendent des intérêts différents et même opposés aux leurs.
La culture belge est représentée et renforcée à travers différents symboles identitaires. Parmi ceux-ci, on retrouve, bien entendu, le drapeau. Il y a également Eddy Merckx, le plus grand cycliste de l’histoire, un Belge. Ensuite, Jacques Brel, l’auteur-compositeur-interprète, poète, acteur et réalisateur belge est également un grand symbole de fierté. De plus, les frites, les gaufres, le chocolat et la bière sont des éléments importants de la culture. Finalement, la ville de Bruxelles et ses miracles architecturaux font la fierté de tous les Belges. Ces différents symboles et plusieurs autres permettent de renforcer ce qu’il reste de la culture belge. Toutefois, les symboles ne sont pas suffisants pour rassembler deux peuples totalement distincts .
Les Wallons, quant à eux, ont peu de symboles qui leur sont propres, car, même s’ils forment une nation à part entière, ils désirent que l’État belge demeure uni. Ils ont tout de même le drapeau wallon, jaune avec le coq rouge, pour les représenter. Bien sûr, ils ont également un sentiment d’appartenance face à tous les symboles belges nommés précédemment .


Objectif de recherche


Nous devons admettre qu’il n’existe pas suffisamment de données collectées lors de recherches effectuées antérieurement sur le phénomène qu’est le nationalisme wallon. C’est pourquoi notre objectif de recherche, à savoir : quel est l’état du nationalisme wallon, est pertinent. Il permettra d’éclairer une situation peu étudiée jusqu’ici.
Méthodologie
Afin de répondre à notre objectif de recherche, nous avons décidé de procéder à des entrevues en utilisant la méthode de l’enquête pour collecter nos données. Pour parvenir à vérifier l’état du nationalisme wallon, nous voulions vérifier si les différents éléments qui caractérisent le nationalisme (histoire, culture et projets d’avenir communs) sont présents dans le discours de Wallons impliqués dans la politique. Pour être encore plus précises, nous avons défini et décrit l’importance des différentes caractéristiques du nationalisme wallon aux yeux des Wallons impliqués politiquement. C’est pourquoi notre recherche est de visée descriptive. En effet, nous avons enquêté sur le phénomène dans le but d’en faire un portrait.
Toutefois, nous avons trouvé logique de choisir l’enquête comme méthode pour notre collecte de données. En effet, il n’existe pas de relations causales qui unissent le phénomène et ses déterminants. Au contraire, dans ce cas précis, notre travail consistait à mieux cerner la relation d’association qui unit le nationalisme wallon et ses déterminants, de même que l’importance, ou l’état de cette relation d’association. Ensuite, comme nous désirions entrer en contact direct avec les participants, l’enquête était la meilleure option pour nous. Aussi, le choix de cette méthode est justifié par le fait que le nationalisme wallon est un phénomène très peu documenté. L’enquête est la méthode toute désignée afin de recueillir de nouvelles données.
De plus, notre objet d’évaluation portait sur des variables de pensée, plus particulièrement sur les croyances des Wallons impliqués dans le milieu de la politique. Nous avons choisi d’aborder les croyances parce que, lorsqu’il est question de nationalisme et de tout ce qui le concerne, il est question de l’idée qu’une personne se fait du groupe dans lequel elle se situe ainsi que de sa place dans ce groupe. Nous avons choisi l’entrevue parce que nous souhaitions établir un contact humain et apprendre à bien connaître l’avis de chacun des participants sur la question. En effet, nous voulions laisser au participant une grande latitude pour lui permettre de bien exprimer ses croyances en utilisant les mots qu’il ou elle souhaitait. Nous avons donc effectué des entrevues semi-dirigées, ce qui nous a permis de guider les répondants pour obtenir les informations qui nous intéressaient tout en les approfondissant.


Population


Dans un autre ordre d’idées, la population en général n’est pas assez informée sur cette question vaste et complexe qu’est le nationalisme wallon pour pouvoir nous fournir les informations que nous recherchions. C’est pourquoi nous avons choisi de nous adresser à des Wallons spécialistes dans le domaine de la politique, tels que des politiciens ou des politologues. D’ailleurs, nous n’avions pas besoin d’une population très large, car nous savions que nous aurions une vaste quantité d’informations avec laquelle travailler, et ce, même si nous parvenions à rejoindre seulement trois ou quatre participants.
Ainsi, nos deux seuls critères lors de la sélection des participants étaient qu’ils soient wallons et qu’ils soient impliqués dans les questions politiques de la Wallonie. Nous avons tenté de faire varier le plus possible leurs conditions objectives d’existence afin de nous donner une chance de pouvoir effectuer des comparaisons entre les opinions des participants selon leurs caractéristiques ou leur environnement, tel que mentionné précédemment, mais malheureusement, les personnes qui nous ont répondu étaient semblables d’un point de vue sociodémographique ou socioéconomique.
Les participants étaient donc sélectionnés sur une base volontaire et en fonction de leurs disponibilités également. Nous procédions donc à une méthode d’échantillonnage non aléatoire qui se nomme l’échantillonnage de volontaires.
Échantillonnage
Pour constituer notre échantillon, nous avons cherché des spécialistes par rapport à notre sujet d’étude. C’est ainsi que nous avons trouvé les coordonnées de nombreuses personnes qualifiées que nous avons contactées en leur faisant une courte explication de notre projet ainsi que de notre objectif de recherche en même temps qu’une demande d’entrevue.


Procédure


Afin de procéder à la rédaction de l’ébauche de notre schéma d’entrevue, il nous semblait logique de structurer notre schéma d’entrevue en séparant les questions en trois catégories : l’histoire commune, la culture partagée et les projets d’avenir communs. Ces dimensions, telles que nous les avions établies au cours de la rédaction de notre problématique, sont celles qui assurent l’unité de la nation. Ainsi, puisque nous avions déterminé que le nationalisme correspond au sentiment d’appartenance à une nation, nous avions composé des questions qui, à nos yeux, nous permettent de vérifier si les Wallons ressentent un sentiment d’appartenance vis-à-vis l’histoire, la culture, ou les projets d’avenir wallons. Dans notre problématique, nous avions également trouvé des sous-catégories à chacune de ces dimensions. Nous avons donc composé au minimum une question pour chacune des sous-catégories identifiées. Cela nous a permis de vérifier efficacement l’état du nationalisme wallon. Toutefois, comme mentionné plus tôt, nous avons procédé à des entrevues semi-dirigées, donc l’ordre des questions et la structure établie dans notre schéma d’entrevue n’ont pas nécessairement été respectés au cours des entrevues elles-mêmes. Nous nous sommes toutefois assurées d’aborder tous les thèmes pré-établis.
Déroulement du prétest
Nous avons été mises en contact avec monsieur Roland Alexandre Sarot, un Wallon qui a étudié à l’Université libre de Bruxelles en droit, en langue et en relations internationales. Il habite maintenant au Canada, mais il est né et a passé une grande partie de sa vie en Wallonie. Il connaît bien ce qui se rattache au nationalisme wallon et au mouvement wallon qu’il a connu dans sa jeunesse. Toutefois, il ne pouvait être inclu dans l’échantillon, car, bien qu’il s’intéresse et s’informe encore beaucoup sur les questions belges, il a quitté la Wallonie il y a plusieurs années, il n’avait donc pas les connaissances nécessaires pour tracer aussi précisément que nous le souhaitions un portrait actuel de l’état du nationalisme wallon. Voilà pourquoi il était le candidat idéal pour effectuer notre prétest.


Schéma d’entrevue


1. Introduction, mise en confiance
a) Qu’est-ce qui vous pousse à participer à notre recherche?
b) Suite à nos recherches, nous pensons que le nationalisme est : un sentiment d’appartenance ressenti par un peuple et une idéologie qui prône l’unité de la nation, cette dernière étant une communauté imaginée sur la base d’une histoire, d’une culture et de projets d’avenir communs. Qu’en pensez-vous? Êtes-vous d’accord?
2. Dimension historique
a) Est-ce que les Wallons se reconnaissent une histoire commune? Si oui, cela les rassemble-t-il?
b) Est-ce que les Wallons se reconnaissent un héritage culturel commun? Si oui, cela les rassemble-t-il?
c) Croyez-vous que les revendications d’une identité wallonne qui ont été faites dans la deuxième moitié du 19e siècle (notamment dans le Manifeste pour la culture wallonne, pour une Wallonie maîtresse de sa culture, de son éducation et de sa recherche) ont eu l’impact souhaité? Tout au moins, ont-elles eu des impacts sur le sentiment national wallon?
e) Quel est l’impact du déclin du catholicisme sur l’identité wallonne? Est-elle renforcée par la sécularité?
3. Dimension culturelle
a) Selon vous, en quoi les Wallons se distinguent-ils des autres Belges ou des autres nations d’un point de vue idéologique?
b) Quelle est l’importance accordée à la langue française?
c) Quelle est la provenance (Wallonie, Belgique, France…) de la culture et des arts wallons (théâtre, littérature, musique, architecture, etc.)?
d) Connaissez-vous des symboles auxquels les Wallons s’identifient (en dehors du drapeau et de l’hymne national)?
e) Quelles sont les valeurs qui prédominent dans la société wallonne? Certaines de ces valeurs proviennent-elles de la tradition catholique?
4. Dimension des projets d’avenir
a) Première partie de la question : Quelle est, selon vous, la nation d’appartenance des Wallons? (France, Belgique, Wallonie...)
Deuxième partie de la question (en réaction) : Cela signifie-t-il que les Wallons ont un désir de conserver la Belgique/d’obtenir l’indépendance de la Wallonie et de l Flandre/d’unir la Wallonie avec la France? (choisir la bonne option en fonction de leur réponse à la première partie de la question)
c) Y a-t-il encore aujourd’hui des revendications d’une identité wallonne? Si oui, quelles sont-elles et quels sont le ou les groupes qui revendiquent?
d) Croyez-vous que la dualité entre la Flandre et la Wallonie a un impact sur le sentiment national ainsi que les projets d’avenir des Wallons?

Résultats


Nous avons finalement procédé à deux entrevues, qui sont résumées séparément dans cette section et seront analysées par la suite. Lors des entrevues, nous avons abordé plusieurs aspects de chacune des trois dimensions du nationalisme que nous avions identifiées précédemment dans notre recherche : l’histoire, la culture ainsi que les projets d’avenir. Nous avons éliminé les informations qui déviaient du sujet.


Le Parti républicain wallon


En mars 2015, nous avons procédé à notre première entrevue. En effet, nous avons rencontré les membres du Parti républicain wallon (PRW). Ce parti vise l’indépendance de la Wallonie, c’est-à-dire que les membres croient qu’une division avec la Flandre serait avantageuse et même essentielle. De plus, dans un processus d’autonomie de la Wallonie, le PRW soutient que la seule solution valable est de constituer une République puisque la monarchie constitutionnelle belge arrive, selon eux, au bout de ses capacités.
D’abord, selon les membres du parti, les Wallons se reconnaissent une histoire commune qui leur est enseignée à l’école. Ils partagent l’ensemble de leur histoire. Toutefois, peu nombreux sont les Wallons qui s’identifient encore de manière importante à l’histoire. Ainsi, leur histoire en commun, bien qu’elle soit reconnue par tous, ne leur apporte qu’un très faible sentiment national, bien qu’il y ait une minorité de Wallons qui accordent une grande importance à cette histoire et qui tentent de raviver l’identité wallonne en misant sur celle-ci.
De plus, le folklore wallon représente un héritage culturel encore assez important que l’on retrouve dans de nombreux carnavals, fêtes et festivals typiquement wallons qui se déroulent tout au long de l’année et auxquels le taux de participation est plutôt élevé. Ces fêtes, carnavals et festivals sont parmi les seules manifestations de la culture wallonne qui subsistent aujourd’hui. Toutefois, cet héritage culturel ne se manifeste pas dans la vie de tous les jours, bien qu’il soit impensable que ces nombreuses fêtes n’imprègnent pas au moins à un certain degré l’esprit des Wallons qui y participent.
À l’époque de la rédaction du Manifeste pour la culture wallonne, en réaction à l’explosion du nationalisme flamand de la fin des années 1960, la culture régionale wallonne était à la mode. Toutefois, ce mouvement de libération régionale wallon s’est transformé en une communauté française de Belgique. Le Manifeste a été rédigé en réaction à cela afin d’exprimer l’importance de miser davantage sur la fondation d’une identité wallonne. Il a été mal accueilli et le mouvement wallon s’est complètement cassé. Ainsi, toutes les revendications d’une identité wallonne qui avaient été faites à cette époque n’ont plus aucun impact sur le sentiment national des Wallons aujourd’hui.
D’autre part, historiquement, les Wallons étaient un peuple catholique. Toutefois, aujourd’hui, l’identité wallonne repose sur un courant de laïcisation important. Par contre, ce phénomène ne rallie pas les Wallons puisqu’il provient également (et peut-être même surtout) du côté flamand. Il est toutefois vrai de dire que la majorité des Wallons se reconnaissent laïques et défendent l’importance de cette identité dans leur vie de tous les jours.
Ensuite, pour ce qui est de la dimension culturelle, les Wallons se démarquent politiquement d’un point de vue idéologique. Depuis longtemps déjà, c’est le socialisme qui prime en Wallonie, contrairement à ce que l’on peut observer ailleurs dans le monde, notamment en Flandre. Cela est dû à la situation économique extrêmement difficile et problématique des Wallons. Penser wallon, cela signifie penser en fonction de l’urgence économique. La meilleure solution qui est proposée pour régler ces problèmes, aux yeux des Wallons, est la solution socialiste. Ainsi, les Wallons trouvent un certain sentiment d’appartenance face aux problèmes économiques de la Wallonie dans la mesure où ils reconnaissent l’urgence d’agir ensemble.
D’autre part, la langue francophone est une question qui a été totalement laissée de côté. En effet, le fait que les Wallons parlent français ne peut les rassembler puisque cette caractéristique ne leur est pas exclusive.
De plus, les arts que consomment les Wallons dans leur vie de tous les jours (la musique, le théâtre, l’architecture, la littérature, etc.) sont mondialisés et proviennent d’un peu partout dans le monde, ce qui empêche quelque identité que ce soit d’être engendrée à ce niveau.
Aussi, la royauté belge est un symbole à travers lequel les Wallons se reconnaissent énormément. Ce phénomène, bien que bien réel, entre en contradiction avec la position historique que les Wallons avaient prise à l’époque de la question royale. Le coq wallon constitue également un symbole important. Les Wallons en général en sont plutôt fiers. Pour eux, le coq l’emporte même sur le lion flamand.
Finalement, dans le milieu de l’enseignement, on ne transmet plus aucune culture wallonne. Il y a un décalage par rapport à la réalité des Wallons.
Pour ce qui est des valeurs qui sont véhiculées dans la société en général, tout ce qui peut être considéré spécifiquement wallon a été avalé par la mondialisation (superstructure européenne), les médias de masse ainsi que l’intégration du système financier capitaliste. Les valeurs prônées sont les valeurs associées à ces trois phénomènes (comme partout en occident). En bref, la nécessité de se vendre a amené une centralisation des médias, ce qui a amené la mise de côté de la diffusion de la culture et des valeurs régionales au profit de valeurs mondialisées.
Aussi, dans la dimension des projets d’avenir des Wallons, la nation d’appartenance des Wallons est souvent la Belgique. D’ailleurs, tel que mentionné précédemment, ils se considèrent belges francophones davantage que wallons. Toutefois, ils éprouvent un sentiment d’abandon vis-à-vis la Belgique puisque les institutions belges se préoccupent très peu de la réalité wallonne qui est plutôt difficile. Malgré cela, les Wallons désirent encore aujourd’hui, pour la majorité, conserver la Belgique comme un État unitaire. Toutefois, dans le cas où la Belgique se diviserait, les Wallons choisiraient de demeurer indépendants plutôt que de se rallier à la France. En effet, les Wallons se considèrent un peuple distinct du peuple français et ils n’auraient aucun avantage à se rattacher à la France dans le cadre de l’Union européenne.
De plus, l’identité wallonne n’est plus un objectif aujourd’hui. La culture wallonne qui émergeait dans les années 1970 et 1980 s’est noyée dans le courant de mondialisation et dans la propagande médiatique.
Pour finir, la dualité entre les Flamands et les Wallons a fait en sorte que l’identité wallonne est vide et ne comporte pas de projets d’avenir puisqu’il s’agit d’un nationalisme d’exclusion. Les Wallons savent qu’ils ne veulent pas être Flamands, mais ils ne savent pas ce qu’ils veulent être, ils n’ont aucun objectif en tant que nation.


Monsieur José Fontaine


En mars 2015, nous avons mené une entrevue avec M. José. Il a été un militant au sein du mouvement wallon depuis qu’il est jeune, participant notamment à la rédaction du Manifeste pour la culture wallonne. Il est également fondateur de la revue autonomiste wallonne Toudi. Aujourd’hui, la revue publie surtout des articles sur la question de l’Europe.
Ses propos se sont souvent rapportés à l’histoire, particulièrement à trois moments de l’histoire de la Wallonie : la Révolution industrielle, la grève générale de 1960-1961 et la Question royale en 1950. C’est à cause de ces évènements que M. Fontaine affirme que : « L’identité wallonne, c’est quelque chose qui existe dans des situations de ce type. » Il croit qu’une identité wallonne existe historiquement et qu’elle est basée sur « la tradition de contestation sociale en Wallonie qui est très forte. »
L’héritage commun de la Wallonie, selon M. Fontaine, est un héritage culturel franco-latin : « Wallon voulait dire la population de langue romane des anciens Pays-Bas », donc un héritage unilingue francophone. Pour lui, le patrimoine de la Wallonie renvoie directement au problème linguistique, donc à l’opposition avec les Flamands.
M. Fontaine a participé à la rédaction du Manifeste pour la culture wallonne qui avait pour but de revendiquer la reconnaissance de la culture wallonne. Le rassemblement des intellectuels wallons qui y ont participé n’a jamais obtenu satisfaction. Ils souhaitaient que le fédéralisme, qui se construisait à l’époque, régionalise la culture et l’enseignement au lieu de les communautariser pour qu’ils soient reconnus comme wallons et non français.
Selon M. Fontaine, le catholicisme est « un élément qui intervient dans les représentations collectives ». Il perçoit la religion comme un enjeu « très important parce que le parti qui a dominé longtemps la Flandre, et donc la Belgique, c’est le parti catholique conservateur ». Donc il s’agit d’une question de politique plus que d’une question d’identité religieuse, notamment parce que : « la Belgique a été fondée en 1830 et c’est devenu un État laïque. » La laïcité et le catholicisme semblent s’opposer historiquement, mais : « La devise de la Belgique, c’est l’union fait la force, mais ce n’est pas l’union des Wallons et des Flamands, c’est l’union des catholiques et des libéraux insurgés contre le roi de Hollande en 1830. »
Toutefois, la question religieuse ne tient plus aujourd’hui. La distinction idéologique des Wallons, c’est l’idéologie socialiste dominante qui inclut la concertation sociale et le syndicalisme. Par contre, cette idéologie, la liberté de l’enseignement et les idées socialistes sont les valeurs prédominantes dans la vie des Wallons, selon le contenu de notre entrevue. Le catholicisme a un héritage important, particulièrement pour la liberté d’enseignement, car l’enseignement libre en Belgique, c’est l’enseignement catholique.
La langue française, l’héritage commun principal de la Wallonie comme nous l’avons vu plus tôt, n’est pas en danger à cause de la proximité de la France, ce qui fait que les wallons ne ressentent pas le besoin de la défendre dans leur vie de tous les jours. De plus, le dialecte wallon n’est plus utilisé couramment.
Pour ce qui est de la culture, de l’enseignement et des moyens de communication, ils se font dans un cadre belge francophone, pas wallon. La culture consommée par les Wallons est belge francophone et financée par la communauté francophone, donc les artistes Wallons sont récalcitrant à l’idée de se définir Wallon, car : « Ils ne veulent pas s’inscrire dans un processus, qu’ils perçoivent comme un processus de division. »
Les symboles auxquels les Wallons s’identifient sont : « le chant des Wallons, le foulard rouge à poids blanc, la cuisine, par exemple, le pariais (un alcool de grains) », le coq wallon, qui figure sur leur drapeau, et l’hymne national en wallon.
Le Wallon fait face à un problème d’identité. Il peut se percevoir comme un Français hors de France, ou un Belge francophone, ou un Belge tout simplement ou un Wallon. Tous les Wallons n’ont pas la même nation d’appartenance. Cela se reflète dans leurs projets d’avenir pour la Wallonie : certains veulent qu’elle soit rattachée à la France, d’autres veulent qu’elle soit indépendante ou que la Belgique reste unifiée. Par contre, aujourd’hui, les « Wallons insistent plus sur l’unification de la Belgique [car] la sécurité sociale ne se maintiendrait pas si la Wallonie devait l’assurer seule. » Malgré tout, « il y a une grande partie de la population wallonne […] qui ne peut pas accepter la domination flamande. »
Selon lui, les revendications d’une identité wallonne se concentrent sur le problème européen. La Wallonie souhaite maintenir une autonomie, et pour cela, il ne faut pas que la nation se perde dans l’Union européenne. Le caractère supranational de l’UE est une entrave à la démocratie européenne. La Commission européenne est un organisme qui détient une grande partie du pouvoir exécutif et « n’est pas contrôlée. En plus de cela, la Banque Centrale européenne est totalement indépendante des gouvernements et c’est elle qui détient les clefs de la crise financière en Europe. » L’UE met en place une politique menaçante pour les États qui la composent, « néolibérale pure et dure ». Toutefois, ce que l’on pourrait appeler des « mouvements wallons contre les institutions politiques traditionnelles » ne rassemble pas réellement les Wallons.
D’autre part, il est « évident qu’il y a une identité wallonne » et « que l’identité est une chose qui se construit avec les autres et contre les autres. » La rivalité avec la Flandre est cruciale dans l’identité wallonne selon lui, parce qu’elle est au cœur des grands moments historiques qui ont forgé la Wallonie.


Analyse


Puisque nos questions d’entrevue nous permettaient de déterminer la présence ou l’absence de nationalisme à travers les différents éléments qui déterminent celui-ci, nous avons analysé les résultats ainsi : plus le nationalisme est présent au sein des différents aspects de l’histoire, de la culture et des projets d’avenir étudiés, plus il est fort et vice-versa. Nous pouvons donc dire que, en regard des résultats obtenus, le nationalisme wallon est actuellement plutôt faible, à un tel point qu’il tend vers une inexistence totale.
Les résultats des deux entrevues sont assez congruents. En effet, pour ce qui est de l’histoire, le PRW et José Fontaine s’entendent pour dire que les Wallons partagent une histoire commune assez importante de même qu’un héritage culturel et qu’ils sont conscients de cela. Aussi, tous ont mentionné le fait que ces éléments communs aux Wallons ne font pas vraiment en sorte que ce peuple éprouve un quelconque sentiment d’appartenance aujourd’hui, puisque l’importance accordée à l’héritage historique et culturel est moindre. Ensuite, en lien avec le Manifeste pour une culture wallonne, ils s’entendent tous pour dire que cela n’a pas eu l’impact souhaité. Finalement, toujours en lien avec la dimension historique du nationalisme, tous s’entendent pour dire que le catholicisme a été historiquement très important. Toutefois, M. Fontaine a davantage insisté sur l’importance historique de la laïcité (phénomène que le PRW n’a pas mentionné) puisque l’État belge s’est déclaré laïque dès sa formation, ce qui, selon lui, relevait de la volonté des Wallons. Ainsi, pour ce qui est de la dimension historique, ni M. Fontaine ni les membres du PRW que nous avons rencontrés ne prétendent que cela rassemble réellement les Wallons.
Pour ce qui est de la dimension culturelle du nationalisme wallon, le PRW autant que Monsieur Fontaine s’entendent pour dire que les Wallons se démarquent par leurs tendances socialistes en politique. M. Fontaine va même plus loin en disant qu’ils sont plutôt syndicalistes. Tous nous ont également dit, de manière plus ou moins claire, que cette tendance socialiste peut être un élément rassembleur pour le peuple wallon. Les membres de PRW expliquent ceci par le fait que la Wallonie traverse une période de grandes difficultés économiques : c’est ce qui les pousse vers la solution que leur apporte le socialisme. Ces difficultés touchent les Wallons dans leur vie de tous les jours, c’est ce qui fait qu’ils y accordent une grande importance et que cela constitue un élément rassembleur, du moins, davantage que l’histoire commune, qui ne les rejoint pas aussi directement. Ensuite, tous s’entendent pour dire que l’importance accordée à la langue française est moindre. Dans les deux cas, on nous a également dit que le dialecte wallon est presque inexistant aujourd’hui, alors qu’avant, il était très répandu. Les Wallons ont donc perdu un élément culturel important qui les rassemblait beaucoup.
Par la suite, les opinions présentées quant à la provenance de l’art consommé par les Wallons sont différentes. M. Fontaine croit que les arts consommés par les Wallons sont majoritairement belges francophones. D’un autre côté, le PRW croit que les arts consommés par les Wallons sont le produit de la mondialisation et proviennent de partout. Quoi qu’il en soit, les réponses ne sont pas réellement en opposition dans le cadre de notre projet parce qu’il y a un consensus pour dire que les arts spécifiquement wallons sont presque inexistants. De plus, très peu de symboles identitaires wallons ont été identifiés par nos experts.
Puis, les valeurs des Wallons identifiées divergent d’une entrevue à l’autre. Alors que M. Fontaine semble établir une liste de valeurs wallonnes, le PRW affirme que les valeurs wallonnes sont celles propres au contexte de mondialisation dans lequel nous vivons. Toutefois, les valeurs mentionnées par M. Fontaine sont en lien étroit avec l’idéologie socialiste qui unit les Wallons. Les deux points de vue sont complémentaires puisqu’il est possible que certaines valeurs des Wallons, en lien avec leur idéologie socialiste, leur soient propres, alors que les autres proviennent de l’impact de la mondialisation et de l’idéologie reliée au capitalisme financier.
Finalement, en lien avec la dimension des projets d’avenir des Wallons, tous les interviewés s’entendent pour dire que la majorité des Wallons ont la Belgique pour nation d’appartenance, bien que M. Fontaine présente une opinion un peu plus nuancée. Selon lui, de nombreux Wallons ont un sentiment d’appartenance à la France et souhaitent que la Wallonie se rallie à celle-ci et il n’exclue pas la possibilité que plusieurs Wallons aient la Wallonie elle-même comme nation d’appartenance et souhaitent en faire un État souverain. On remarque à travers ses propos que l’identité wallonne est mal définie et que ces derniers ne constituent pas un groupe à la vision claire et uniforme quant à la question de la nation d’appartenance et des projets d’avenir.
De plus, la question de la revendication d’une identité wallonne est abordée d’un angle différent par M. Fontaine et par le PRW. Quoi qu’il en soit, tous admettent qu’aucune identité wallonne n’est revendiquée directement. Ainsi, la dimension des projets d’avenir de la Wallonie ne comporte aucune composante qui rassemble réellement les Wallons, sauf peut-être le désir que leur situation particulière soit reconnue davantage. En effet, un élément qui ressortait de l’ensemble du discours lors des deux entrevues était le décalage entre la réalité wallonne et les institutions politiques qui gèrent cette région.
Ainsi, selon l’ensemble de nos experts, sur les treize composantes des dimensions du nationalisme wallon étudiées que nous avons abordées en entrevue avec eux, seules deux ont pu être identifiées comme étant réellement susceptibles d’être sources d’un certain sentiment national wallon aujourd’hui. C’est ainsi que notre recherche nous a permis de déterminer l’état de faiblesse du nationalisme wallon.
Ces résultats peuvent être expliqués de diverses manières. Nous pouvons par exemple affirmer que notre résultat concorde de manière indéniable avec le contexte actuel de la Belgique. En effet, la Belgique, comme l’ensemble des pays occidentaux, vit présentement une problématique de mondialisation. Les cultures régionales et les nations sont noyées au sein de la propagande médiatique de masse à l’échelle internationale ainsi qu’au sein du courant néolibéral qui s’impose avec la force de loi partout dans le monde depuis les années 1980. Dans le cas des pays d’Europe, dont la Belgique fait partie, on peut dire que les intérêts régionaux sont également noyés dans les intérêts plus généraux que sont ceux de l’Union européenne. Selon nous, ce contexte peut justifier partiellement la faiblesse actuelle du nationalisme wallon. En effet, cette culture globalisée laisse peu de place aux cultures régionales telles que la culture wallonne. Ainsi, on peut se demander si la souveraineté étatique est toujours pertinente dans un tel contexte, où chaque nation perd de l’emprise sur sa destinée et où chaque culture est noyée dans le courant mondial de jour en jour.


De plus, la majorité de nos résultats sont congruents.

Cela s’explique par le fait que la faiblesse du nationalisme wallon est telle qu’il est impossible de la nier pour quiconque connaît le sujet. Ainsi, il était certain que, en choisissant d’interroger des experts sur le phénomène, ils allaient être d’accord puisque, lorsque l’on connaît bien la situation, aucune autre conclusion ne peut être tirée que celle de la faiblesse de ce nationalisme. À la suite de notre recherche, il devient clair que nous n’aurions pas pu arriver à un résultat différent.
Notre recherche, bien que se concentrant sur la nation wallonne seulement, pourrait être comparée à d’autres situations semblables. L’exemple du Québec a été mentionné par nos répondants plus d’une fois. Ainsi, par l’entremise du nationalisme wallon, nous avons pu en apprendre plus sur notre propre nation. Aussi, chaque nation rayonne plus ou moins à travers le globe et a une influence tangible dans les relations internationales.

Par exemple, connaître le nationalisme wallon peut aider à prédire le destin de la Belgique, un pays qui occupe une grande place sur la scène internationale à cause des institutions (notamment européennes) qui s’y trouvent.
En effet, le nationalisme influence les opinions, les attitudes, les comportements, les croyances et les intentions des citoyens. Par exemple, dans notre recherche nous avons trouvé que maintenant qu’il y a moins de revendications de l’identité wallonne, il y a un retour au royalisme en Wallonie, une attitude qui favorise l’union de la Belgique.
De plus, notre recherche nous a permis de comprendre que l’identité n’est pas seulement économique et politique : il s’agit d’un besoin humain qui permet à l’individu de se définir au sein d’une communauté plus large et plus importante que lui et permet ainsi à la société d’exister efficacement.

Malheureusement, l’identité wallonne est dissoute dans la communauté française, la Belgique, l’Europe et le monde. Ainsi, les Wallons dépendent de la Flandre pour conserver la Belgique.
Notre démarche a été efficace pour répondre à notre objectif de recherche. En effet, les réponses que nous avons reçues à nos questions en entrevue étaient pertinentes et élaborées. Par contre, nous n’avons interviewé que des hommes qui avaient les mêmes opinions politiques par rapport à la Wallonie, ce qui a peut-être biaisé les résultats. Un échantillon plus varié aurait pu être plus représentatif, mais nous devions mener des entrevues avec des participants volontaires.


Conclusion


En conclusion, dans le cadre de notre recherche, nous avons déterminé que l’état du nationalisme wallon est faible.

Également, cela nous a permis de cerner le contexte historique et l’évolution de ce nationalisme pour qu’il en arrive à ce point aujourd’hui, car il n’a pas toujours été faible.

D’ailleurs, à ce propos, plusieurs questions auxquelles il nous a été impossible d’apporter réponse au courant de la présente recherche subsistent.

Par exemple, nous savons que le nationalisme wallon a vécu son apogée dans les années 1970 et 1980, notamment en réaction à l’effervescence du nationalisme flamand qui a eu lieu dans ces années-là également.

De plus, il existe une croyance populaire selon laquelle le nationalisme flamand constitue un phénomène plus présent et plus important que le nationalisme wallon aujourd’hui. Toutefois, au cours de nos recherches, nous n’avons trouvé aucun indice indiquant l’état actuel exact du nationalisme flamand.

Au travers des propos des différentes personnes que nous avons interrogées, il nous a semblé qu’il était probable et raisonnable de croire que l’ampleur du phénomène qu’est le nationalisme flamand a diminué depuis les années 1970 et 1980, mais il était impossible de savoir si cela est réellement le cas et si oui, à quel point. Ainsi, il serait intéressant de faire une nouvelle recherche afin de vérifier, cette fois, l’état actuel du nationalisme flamand.
Également, nos experts semblaient convaincus que la Belgique est en train de connaître ses dernières années parce que, au niveau politique, les Wallons et les Flamands ne parviennent pas à s’entendre.

Leurs intérêts culturels et économiques semblent trop divergents pour qu’un seul gouvernement soit capable de gérer les deux à la fois.

Cette situation peut mener à plusieurs questions.

L’une d’entre elles est la suivante : qu’adviendrait-il de la Wallonie dans le cas où il y aurait scission de la Belgique?

Constituerait-elle un État indépendant?

Se rallierait-elle à la France.

Il y a plusieurs possibilités et, bien que nos experts tentaient d’apporter une réponse à ces interrogations en fonction de leur avis personnel et de leur perception de la situation, il est évident qu’ils ne peuvent pas prédire l’avenir. Ainsi, il serait intéressant de sonder les Wallons pour leur demander leur avis.

Que souhaiteraient-ils qu’il advienne de la Wallonie dans le cas d’une scission de la Belgique? Également, dans un contexte de scission de la Belgique, il serait intéressant de faire des recherches afin d’amener des réponses aux questions suivantes : la Flandre formerait-elle un État indépendant? qu’adviendrait-il de Bruxelles? qu’adviendrait-il de la communauté germanophone au sein de la Belgique?
Aussi, comme nous l’avons mentionné précédemment, il y a plusieurs liens à faire entre la situation du Québec en relation avec le Canada ainsi que les dynamiques entre les régions flamandes et wallonnes en Belgique. Il serait intéressant que des chercheurs s’attardent à faire une analyse comparative des situations dans les deux pays.

Comparer deux situations semblables permet souvent d’approfondir la connaissance de chacune de ces deux situations.
Finalement, nous avons beaucoup appris également sur le contexte de mondialisation néolibérale actuel et sur ses impacts, qui sont notamment la dégradation des cultures régionales et la disparition des intérêts spécifiques à la situation particulière de chaque nation. Ainsi, nous croyons qu’il serait important qu’une recherche soit faite afin de répondre à la question suivante : dans le contexte de mondialisation, l’État souverain est-il réellement pertinent?


Toutes ces questions, malgré qu’elles soient extrêmement intéressantes, sont malheureusement laissées sans réponse par notre recherche. C’est pourquoi nous encourageons vivement d’autres chercheurs à s’intéresser à ces sujets.

 


Bibliographie
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